Tu sautes à la corde, tu cours, tu fais du crossfit ou du jumping jack… et là, une petite fuite. Rien de dramatique, mais assez gênant pour que tu commences à porter une serviette hygiénique à l’entraînement, à éviter certains exercices, ou même à espacer tes séances. Si tu te reconnais dans ces lignes, sache que tu n’es pas seule — et surtout, que ce n’est pas une fatalité.
Les fuites urinaires pendant le sport touchent beaucoup plus de femmes qu’on ne le croit, y compris des femmes jeunes, actives, et n’ayant jamais accouché. Dans cet article, on t’explique pourquoi ça arrive, ce que ça signifie vraiment, et ce que la kinésithérapie périnéale peut faire pour toi.
Les fuites urinaires au sport : un problème fréquent mais encore tabou
On parle peu des fuites urinaires chez la femme sportive, parce que le sujet reste tabou — ou parce qu’on a tendance à l’accepter comme « normal ». Pourtant, selon plusieurs études, entre 30 et 40 % des femmes sportives présentent des fuites urinaires à l’effort, quel que soit leur âge.
On appelle ça l’incontinence urinaire à l’effort (IUE). Elle se manifeste lors d’un effort physique qui augmente brusquement la pression dans l’abdomen : un saut, une course, un éternuement, un fou rire… ou un burpee.
Ce qui est important à comprendre : ce n’est pas normal. Fréquent, oui. Normal, non. Et la nuance est essentielle.
Pourquoi le périnée est au cœur du problème
Le périnée, c’est l’ensemble des muscles situés au bas de ton bassin. Il joue un rôle fondamental : soutenir les organes pelviens (vessie, utérus, rectum), contrôler les ouvertures (urètre, vagin, anus), et absorber les pressions qui viennent d’en haut.
Lors d’un effort sportif intense, la pression intra-abdominale monte en flèche. Si le périnée est suffisamment tonique et réactif, il se contracte automatiquement pour contrer cette pression et maintenir la continence. Mais si ce mécanisme est défaillant — parce que les muscles sont trop faibles, trop tendus, ou mal coordonnés — la pression s’applique directement sur la vessie et l’urètre. Résultat : une fuite.
Trop faible ou trop tendu : les deux visages d’un périnée dysfonctionnel
On imagine souvent qu’un périnée en mauvaise santé est forcément un périnée « mou ». Mais un périnée hypertonique — trop contracté, trop tendu — peut être tout aussi problématique. Il perd en élasticité, réagit mal aux variations de pression, et peut paradoxalement favoriser les fuites.
C’est pourquoi faire des exercices de Kegel à l’aveugle n’est pas toujours la bonne réponse — et parfois même contre-productif. Une évaluation par une kinésithérapeute spécialisée est indispensable pour comprendre ce qui se passe réellement.
Sport et périnée : quels exercices sont les plus « à risque » ?
Tous les sports n’ont pas le même impact sur le plancher pelvien. Les activités qui génèrent les pressions abdominales les plus élevées sont généralement les plus problématiques :
- La course à pied (notamment sur longues distances)
- Le CrossFit et le HIIT (sauts, haltérophilie, box jumps)
- La gymnastique et la danse (sauts répétés)
- Le trampoline
- Les sports de raquette à haute intensité
À noter : la natation et le vélo sont généralement mieux tolérés par le périnée.
Même jeune et sans accouchement, tu peux avoir des fuites
Beaucoup de femmes pensent que les fuites urinaires, c’est « réservé » aux femmes qui ont accouché ou aux femmes ménopausées. C’est une idée reçue tenace — et fausse.
Plusieurs facteurs peuvent fragiliser le périnée indépendamment de tout accouchement :
- L’hyperpression chronique liée à une pratique sportive intensive et mal encadrée
- Une mauvaise gestion du souffle pendant l’effort (retenir sa respiration, par exemple)
- Une hyperlaxité ligamentaire (souvent constitutionnelle)
- Des antécédents de constipation chronique qui sollicitent excessivement le plancher pelvien
- Un IMC élevé qui augmente la pression permanente sur les structures pelviennes
- Un manque de conscience corporelle et d’activation musculaire correcte pendant le sport
Les erreurs fréquentes à éviter
Mettre une protection et ignorer le problème
Porter une serviette hygiénique permet de gérer l’inconfort au quotidien, mais ne traite pas la cause. Plus le temps passe, plus les mécanismes compensatoires s’installent — et plus la rééducation sera longue.
Arrêter le sport par honte ou découragement
L’activité physique est essentielle pour ta santé globale. Arrêter de bouger n’est pas la solution. L’objectif de la rééducation périnéale, c’est précisément de te permettre de reprendre ton sport, pleinement et sans contrainte.
Se lancer dans des exercices de Kegel sans bilan préalable
Sans savoir si ton périnée est trop faible ou trop tonique, tu risques d’aggraver la situation. Un bilan périnéal complet par une kinésithérapeute formée est le point de départ indispensable.
Comment la kinésithérapie périnéale peut t’aider
La kinésithérapie périnéale est la solution de référence recommandée par la Haute Autorité de Santé (HAS) pour traiter l’incontinence urinaire à l’effort. Elle est efficace, non invasive, et adaptée à chaque profil.
- Un bilan périnéal complet pour évaluer le tonus, la force, la coordination et la sensibilité
- Des exercices de renforcement ou de relâchement du plancher pelvien, personnalisés
- Un travail sur la gestion des pressions : apprendre à protéger son périnée pendant l’effort
- La rééducation du souffle et de la sangle abdominale
- Un accompagnement au retour au sport progressif, adapté à ta discipline et à ton niveau
FAQ — Les questions que tu te poses sûrement
Est-ce que les fuites urinaires peuvent disparaître sans rééducation ?
Parfois, elles s’améliorent spontanément — notamment après une pause sportive. Mais elles ont tendance à réapparaître dès la reprise. La rééducation traite la cause, pas juste le symptôme.
Combien de séances de kiné faut-il en général ?
En moyenne, entre 10 et 20 séances permettent d’obtenir des résultats significatifs. Tout dépend du bilan initial, de ta régularité et de tes objectifs.
Faut-il arrêter le sport pendant la rééducation ?
Pas forcément. La kinésithérapeute t’orientera sur les adaptations à mettre en place pour continuer à t’entraîner tout en protégeant ton périnée.
Les fuites urinaires, c’est remboursé par la Sécurité Sociale ?
Oui, la rééducation périnéale est prise en charge par l’Assurance Maladie sur prescription médicale (médecin généraliste, gynécologue, sage-femme ou urologue).
Je n’ai jamais accouché, est-ce que ça peut quand même m’aider ?
Absolument. La rééducation périnéale s’adresse à toutes les femmes, quel que soit leur parcours obstétrical.
Ne laisse pas les fuites urinaires dicter tes entraînements. En Martinique, des kinésithérapeutes spécialisées en santé féminine peuvent t’accompagner avec une approche personnalisée et bienveillante. Prends rendez-vous dès aujourd’hui — parce que prendre soin de ton périnée, c’est prendre soin de toi.
Sources
- Bø K. et al. (2011). Urinary incontinence among elite athletes and controls. Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/20030785
- Nygaard I. et al. (1994). Exercise and incontinence. Obstetrics & Gynecology. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8127523
- Haute Autorité de Santé (2019). Incontinence urinaire de la femme : prise en charge initiale et orientations. https://www.has-sante.fr/jcms/c_272578/fr/incontinence-urinaire-de-la-femme
- Thyssen HH. et al. (2002). Urinary incontinence in elite female athletes and dancers. International Urogynecology Journal. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12355210
- Eliasson K. et al. (2002). Urinary incontinence in very young and mostly nulliparous women with a history of regular organised high-impact trampoline training. Acta Obstet Gynecol Scand. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/12121151
- Dumoulin C. et al. (2018). Pelvic floor muscle training versus no treatment, or inactive control treatments, for urinary incontinence in women. Cochrane Database of Systematic Reviews. https://www.cochranelibrary.com/cdsr/doi/10.1002/14651858.CD005654.pub4/full


